Le Mené : un territoire en mouvement qui a su "se prendre en main" : Différence entre versions

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Dans le cadre du chantier ''Territoires robustes'', le Commissariat Général au Développement Durable s’est engagé en 2012 sur le thème de la résilience des villes et des territoires. Le projet “Villes résilientes » vise à proposer des outils et méthodes permettant de construire des stratégies de résilience urbaine. Des bonnes pratiques ont été recueillies à partir de plusieurs études de cas de territoires touchés par des changements économiques, sociaux ou environnementaux. Le cas du Mené, dans les Côtes d’Armor en fait partie. <br />
 
Dans le cadre du chantier ''Territoires robustes'', le Commissariat Général au Développement Durable s’est engagé en 2012 sur le thème de la résilience des villes et des territoires. Le projet “Villes résilientes » vise à proposer des outils et méthodes permettant de construire des stratégies de résilience urbaine. Des bonnes pratiques ont été recueillies à partir de plusieurs études de cas de territoires touchés par des changements économiques, sociaux ou environnementaux. Le cas du Mené, dans les Côtes d’Armor en fait partie. <br />
  
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Le territoire du Mené a subi une fragilisation progressive mais profonde de ses structures économiques, démographiques et sociales. Il connaît des vulnérabilités dans plusieurs domaines. Au niveau géographique, il subit un relatif isolement par rapport aux principaux axes de communication et aux centres urbains de la région. D’un point de vue économique, il est marqué par une dépendance forte au groupe Kermené, spécialisé dans l’abattage de porcs. Enfin, il a connu des mutations importantes de ses structures sociales et démographiques (baisse du nombre d’agriculteurs au profit d’une population ouvrière, et déclin et vieillissement de la population).<br />
 
Le territoire du Mené a subi une fragilisation progressive mais profonde de ses structures économiques, démographiques et sociales. Il connaît des vulnérabilités dans plusieurs domaines. Au niveau géographique, il subit un relatif isolement par rapport aux principaux axes de communication et aux centres urbains de la région. D’un point de vue économique, il est marqué par une dépendance forte au groupe Kermené, spécialisé dans l’abattage de porcs. Enfin, il a connu des mutations importantes de ses structures sociales et démographiques (baisse du nombre d’agriculteurs au profit d’une population ouvrière, et déclin et vieillissement de la population).<br />
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Version actuelle en date du 3 octobre 2014 à 11:10

Résumé

Dans le cadre du chantier Territoires robustes, le Commissariat Général au Développement Durable s’est engagé en 2012 sur le thème de la résilience des villes et des territoires. Le projet “Villes résilientes » vise à proposer des outils et méthodes permettant de construire des stratégies de résilience urbaine. Des bonnes pratiques ont été recueillies à partir de plusieurs études de cas de territoires touchés par des changements économiques, sociaux ou environnementaux. Le cas du Mené, dans les Côtes d’Armor en fait partie.

Mené1.png Mené2.png

Le territoire du Mené a subi une fragilisation progressive mais profonde de ses structures économiques, démographiques et sociales. Il connaît des vulnérabilités dans plusieurs domaines. Au niveau géographique, il subit un relatif isolement par rapport aux principaux axes de communication et aux centres urbains de la région. D’un point de vue économique, il est marqué par une dépendance forte au groupe Kermené, spécialisé dans l’abattage de porcs. Enfin, il a connu des mutations importantes de ses structures sociales et démographiques (baisse du nombre d’agriculteurs au profit d’une population ouvrière, et déclin et vieillissement de la population).

Cette accumulation de handicaps a contribué à faire du Mené un territoire fragile et en prise à un risque de dévitalisation. Face à cette situation, le Mené a su réagir et mettre en place une stratégie de résilience, fondée sur un projet territorial cohérent et partagé avec un objectif : l’autonomie énergétique à l’horizon 2030. Plusieurs initiatives ont été mises en œuvre :

  • Une unité de méthanisation qui traite et revalorise les excédents de lisier (transformation en électricité), tout en limitant leurs impacts économiques et environnementaux ;
  • Une huilerie productrice d’agro-carburant et de nourriture pour le bétail, réduisant la dépendance aux cours internationaux du soja ;
  • Un champ éolien participatif financé à hauteur de 30% par les habitants du Mené et comportant 7 éoliennes ;

La collaboration entre les différents acteurs locaux, la prise de conscience et la mobilisation des citoyens vis-à-vis de la situation du territoire et la volonté de valorisation des ressorts culturels et identitaires ont constitué des facteurs clé de réussite, et font figure de bonnes pratiques en termes de résilience.


Une situation fragile, des transformations socio-économiques lourdes mais silencieuses

Un territoire rural et excentré, longtemps marginalisé

Situé en « Bretagne Centrale » et intégré au Pays du Centre Bretagne, le Mené est un territoire encore aujourd'hui profondément rural, dont les 7 communes sont toutes classées par l'INSEE dans la catégorie des communes isolées.

Mené1.png

Le passé du Mené et sa situation plus récente donnent l'image d'un territoire rural qui cumule les handicaps : loin des centres urbains, il ne peut que difficilement espérer profiter de leurs retombées et de leur dynamisme, d'autant que le territoire souffre d'un niveau d'accessibilité routière médiocre et d'aucune alternative crédible susceptible de compenser l'éloignement des pôles d'emplois avoisinants.

Une situation de quasi mono¬activité source d'une dépendance économique extrêmement forte

D’un point de vue économique, les abattoirs Kerméné, installés dans la région depuis les années 1950 (d’abord sous le nom d’abattoirs Gilles, puis rachetés en 1978 par le groupe Leclerc) constituent un « ressort » économique pour le territoire. Ils constituent aujourd'hui un complexe industriel de plus de 2 500 emplois au total, répartis sur 6 sites bretons. A eux seuls, les 2 sites localisés dans le Mené (Saint­ Jacut­du­Mené et Collinée) totalisent presque 2000 emplois et transforment 170 000 tonnes de viande par an (1,5 millions de porcs, 90 000 bœufs et 70 000 veaux). Mais les élus considèrent aussi cette situation de mono­activité comme une source de dépendance économique extrême et donc comme une grande fragilité pour le territoire, les abattoirs « aspirant » la quasi totalité de la main d’œuvre locale. Ces abattoirs représentent ainsi une part telle de l'activité économique locale, que le territoire voit son destin quasi­entièrement lié au devenir d'une entreprise sur laquelle il ne dispose par ailleurs d'aucun pouvoir d'influence significatif. Les liens de cet établissement avec son territoire d'implantation sont donc profondément ambivalents : source de richesse et d'emplois en même temps que source de dépendance et de fragilité.

Mené2.png

Des transformations démographiques et sociologiques radicales en quelques décennies, un déclin démographique qui commence à s'infléchir

Si le Mené a conservé son caractère rural, le développement du complexe industriel de Kermené, ainsi que les mutations du monde agricole depuis 50 ans ont profondément transformé le tissu économique du territoire ainsi que les traits sociologiques de sa population.

Le Mené est passé progressivement d'une société d'agriculteurs « chefs d'entreprises » autonomes sur leurs exploitations, à une société d'ouvriers salariés d'un grand groupe industriel (et plus rarement de petites entreprises de services), disposant de revenus globalement faibles. A ces mutations sociologiques s’est ajouté un déclin démographique jusque dans les années 2000 (malgré un faible retour à la croissance démographique depuis).

Ces changements radicaux contribuent à assécher la population active disponible dont l'essor voire même le renouvellement a longtemps été rendu impossible par l'atonie de la dynamique démographique. C'est d'autre part un risque de dévitalisation de tout un territoire et de destruction progressive de ses réseaux associatifs, culturels et d'entre­aide, de ses structures sociales et économiques et donc de sa cohésion globale qui est à craindre.

Le mené, un territoire en mouvement qui a su "se pendre en main"

Depuis une dizaine d'années, le Mené voit germer sur son territoire une série d'initiatives et de projets originaux œuvrant à l'essor d'une production locale d'énergie renouvelable.

• Unité de méthanisation Géotexia

Le premier d'entre eux est une unité de méthanisation. Ce projet répond au problème d’excédent d’azote rencontré par les agriculteurs, et qui a des conséquences à la fois environnementales (contamination de rivières aux nitrates, marées vertes) et économiques (nécessité d’exporter les excédents, voire de limiter ou réduire la taille des exploitations).

Les agriculteurs, habitués à travailler collectivement décident la création d'une Coopérative d'Utilisation du Matériel Agricole (CUMA), Mené Énergie. La CUMA se lance dans un projet d'unité de méthanisation capable de traiter les déchets d'élevage et de les valoriser en énergie (chaleur et / ou énergie) et en engrais.

L'inauguration de l'unité de méthanisation (implantée à Saint­Gilles­du­Mené) n'interviendra que tardivement, fin 2011. L'usine revend depuis 2 ans ses premiers kWh électriques (13 800 Mwhe, l'équivalent de la consommation – hors chauffage de 4600 logements) ; la chaleur produite sert quant à elle à faire tourner l'installation. En complément des lisiers des agriculteurs locaux, Géotexia traite 40 000 tonnes de déchets organiques issus des abattoirs Kerméné, contribuant ainsi à l'ébauche d'un système d'écologie industrielle à l'échelle de la Communauté de Communes.

• L'huilerie Menergol

Rapidement, le projet d'usine de méthanisation Géotexia contribue à susciter de nouvelles initiatives. 37 agriculteurs se réunissent pour monter une nouvelle CUMA (Menergol), destinée à transformer le soja produit localement en agro­carburant pour les tracteurs et à produire du tourteau de soja pour le bétail, limitant ainsi la dépendance aux cours internationaux des matières premières (soja et carburants) . L'huilerie Menergol est inaugurée en 2007 sur la commune de Saint­Gouéno. Les résultats sont cependant mitigés : les coûts de production restent pour l'instant élevés et le tourteau de soja produit ne correspond pas encore totalement aux attentes des agriculteurs (en termes de composition), ce qui limite les volumes vendus et donc les recettes. Même s'il est encore en phase de recherche d’un équilibre économique et industriel, ce projet est assez emblématique des initiatives menées localement. Il illustre la très grande capacité du milieu agricole local à s'organiser collectivement et s'engager dans un projet répondant à des aspirations communes.

• Le champ éolien participatif « Les Landes du Mené »

Comme Géotexia, le parc éolien du Mené trouve son origine dans la mouvance associative gravitant autour du MIR et qui exprimait le souhait d'engager le territoire dans des démarches plus respectueuses de l'environnement.

Mené3.png

Les habitants du Mené constatent qu'un parc éolien peut tout à fait s’intégrer dans l’environnement et les paysages mais avec une exigence forte : contribuer à une dynamique de développement local grâce à financement local et participatif. Pour ce faire, 8 CIGALE (Club d'Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Épargne) sont créées afin de réunir auprès des citoyens le tiers des fonds propres nécessaires au projet (le reste étant financé par l’entreprise IDEX).

Au printemps 2010, 140 personnes se sont engagées à investir un montant global de 640 000 € (pour un apport moyen de 4500€). Une gouvernance partagée s’organise ensuite au sein et entre les différentes cigales.

Les 7 éoliennes du parc sont mises en services en juillet 2013. L'électricité produite (équivalent à la consommation électrique domestique de 5200 habitants) est revendue à EDF dans le cadre d'un contrat pour une durée de 15 ans. Face au succès de ce premier parc, un deuxième pourrait voir le jour d'ici quelques années en reprenant le principe d'un financement participatif.

… au service d'un projet territorial cohérent et partagé, porteur de sens : l'autonomie énergétique

Même s’ils ont largement été financés par des associations ou des citoyens, le rôle des acteurs politiques locaux et des instances intercommunales a été essentielle dans l'émergence et puis la concrétisation des trois projets évoqués plus haut.

La Communauté de Communes, créée en 1999 et les maires largement renouvelés en 2001 ont joué un rôle central dans l’élaboration d’une stratégie territoriale locale qui se développe rapidement autour d'un objectif, atteindre l'autonomie énergétique en 2030 et de deux principes, le pragmatisme et le fait de bénéficier localement des retombées. Le 9 novembre 2005, la délibération fixant l'objectif d'autonomie énergétique et le plan d'actions 2006­2011 pour y parvenir sont adoptés à l'unanimité en conseil communautaire avec 3 finalités : diversifier et conforter le tissu économique; préserver le milieu rural; renforcer la mixité sociale.

De nouveaux projets sont mis en place, pilotés par l’EPCI et les communes (création d’un réseaux de chaleurs alimentés par chaudières à bois, installation de panneaux solaires, construction de bâtiments BBC et rénovation de logements, et plus largement diverses mesures d’économies d’énergies prises au niveau communal). Ces initiatives se sont couplées par l’organisation de rencontres publiques afin d’impliquer les populations locales ( rencontres « Énergies et Territoires Ruraux » en 2011) et de la dotation de compétences solides (chargé de mission ingénieur…). Le succès qu'illustre la concrétisation rapide de tous ces projets repose d'abord et avant tout sur un projet territorial organisé autour d'un objectif d'autonomie très largement partagé et soutenu par les élus, associations, entreprises, particuliers, agriculteurs.

Une histoire qui témoigne d'une très grande capacité de coopération et de mobilisation collective et citoyenne

Au-­delà des facteurs de succès évoqués précédemment, la dynamique de projet que connaît le Mené depuis une dizaine d'années s'inscrit dans la trajectoire d'un territoire qui a, depuis les années 1960, fait preuve d'une très grande capacité à se prendre en main en affrontant ses difficultés de manière collective.

Dans les années 1960, c’est un étudiant de la région qui va impulser le mouvement : en menant une enquête sur la population du Mené et ses besoins, et en organisant des réunions dans les communes du territoire, il permet aux citoyens et élus locaux de prendre conscience de la situation du Mené.

De nombreuses projets vont suivre : - création d’un « Comité d’Expansion du Mené » en 1965, à l’initiative l’élaboration d’un Plan d’Aménagement Rural avec une contribution forte des habitants et des élus, et d’une charte intercommunale de développement et d’aménagement (1965) - création en 1979 d’un Syndicat Mixte du Mené, structure intercommunale qui s’occupe des questions de logement - et surtout, densification et organisation d’un tissu associatif agricole et commerçants à travers plusieurs Comités ou associations, coopératives …

Tout cela contribue à faire du Mené un territoire perçu par certains comme un « laboratoire social » et le symbole de ce que peut être le « développement local ». L'histoire du Mené, de son évolution et de celle des structures qui l'ont organisé, a aussi témoigné d'un état d'esprit et d’un territoire rebelle esprit un peu contestataire.

Conclusion

Il existe dans le Mené un terreau propice au développement d'une « fécondité sociale », qui peut constituer un facteur essentiel de résilience. Quelques aspects ont particulièrement été facteur de réussite - l’élaboration d’un projet cohérent, porteur de sens - la valorisation des racines, des ressorts culturels, historiques et identitaires - la mobilisation et la création de synergies entre les différents acteurs locaux - les objectifs avant les structures |}