Site du Cap Blanc Nez, Pas-de-Calais

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Contexte

Dans le cadre de l'Analyse Intégrée de Résilience Territoriale (AIRT), action de l'un des chantiers 2012 du CGDD, des retours d'expérience sur des sites où les risques sont avérés ont été effectués. Le présent document détaille un de ces retours d'expérience. Le site choisi est celui du Cap Blanc Nez dans le Pas-de-Calais. Il s'agit d'un site de falaises littorales en régression où un très grand nombre de visiteurs circule chaque année.

Présentation du territoire

Le site des falaises du Cap Blanc Nez se trouve sur la commune d'Escalles à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Calais dans le département du Pas-de-Calais. Elles s'étendent sur un linéaire d'environ 6 km de la commune de Sangatte au nord-est, à Strouanne sur la commune de Wissant au sud-ouest. Le point culminant se trouve au Grand Blanc Nez à environ 130 m d'altitude.


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  Situation géographique, Site du Cap Blanc Nez


Ces falaises sont les témoins de l'érosion du massif crayeux crétacé du Haut-Boulonnais, vaste plateau recouvert localement par des limons. Elles permettent d'observer des séries de craie plus ou moins marneuse reposant sur des argiles. Morphologiquement, le plateau crayeux est relativement vallonné ce qui implique d'importantes variations d'altitude sur la falaise. L'arrière de ces falaises est essentiellement agricole (champs de cultures, prairies). Le Cran d'Escalles est le seul accès possible à l'estran sur les 6 km entre Strouanne et Sangatte.

Le site est intégré dans deux sites Natura 2000 (FR3100477 au titre de la directive Habitats et FR3110085 au titre de la directive Oiseaux) et dans un inventaire ZNIEFF de type 1 (310007018). Depuis le 29 mars 2011, le site bénéficie également du label Grand Site de France.


Vue sur le Grand Blanc Nez et le cran d'Escalles.bmp

  Vue sur le Grand Blanc Nez et le cran d'Escalles (la Dover Patrol en haut du relief)


Connaissance de l'aléa

Aléa concerné

La zone concernée par l'aléa, appelée territoire d'aléa, s'étend le long des 6 km de côte à falaise du site. Deux zones peuvent cependant être identifiées, celles-ci étant traitées différemment vis-à-vis du risque :

  • le haut de falaise: endroit a priori où les premiers signes d'instabilité se manifestent, en particulier par des fissures parallèles à la crête. C'est également de cet endroit que, lors d'un événement important, le départ de matériaux peut être soudain.
  • l'estran: zone recevant les éboulis d'un événement, généralement rapidement déblayés par la mer. Il est recouvert de sédiments (galets et sables). A marée haute, la mer atteint le pied de falaise tandis qu'à marée basse, l'estran s'élargit sur plusieurs centaines de mètres.


Fissures en tête de falaise (à l'est du Cran d'Escalles).bmp

  Fissures en tête de falaise (à l'est du Cran d'Escalles)


Le recul des côtes à falaise est le plus souvent un processus discontinu et peu identifié, résultant d'une succession d'éboulements, de chutes de blocs et de pierres. Ces phénomènes ne laissent que peu de traces dans la mémoire collective où seuls, les événements de grande importance sont conservés.

Les phénomènes observés sont principalement des chutes de blocs et de pierres et des éboulements/écroulements rocheux. Ils affectent tout ou partie du pan de falaise et ont donc des dimensions qui peuvent très fortement varier. Il n'en reste pas moins que ces événements sont soudains et très difficilement prévisibles. Certains facteurs aggravants augmentent la probabilité de survenue d'un phénomène comme la pluie et le gel par exemple. Aussi ces événements sont-ils plus fréquents en période hivernale, ce qui n'en exclut pas le reste de l'année.

L'intensité des phénomènes est très variable. Cela peut en effet aller de quelques blocs à plusieurs milliers de mètres cubes. Toutefois, chaque cas peut être problématique (de la chute d'une pierre à un écroulement de masse). La période de retour, quant à elle, dépend essentiellement de la taille de l'événement à un endroit donné sur la falaise et elle n'est pas a priori connue. Elle sera toutefois inversement proportionnelle à l'intensité du phénomène.

Prise de conscience du risque

Le risque d'éboulement de ces falaises côtières a toujours été connu mais longtemps ignoré. Les événements importants sont rares et ponctuels et peuvent parfois être découverts plusieurs jours après leur survenue en fonction du secteur de falaise affecté. De plus, les enjeux, à savoir essentiellement les promeneurs en pied et en tête de falaise sont également « ponctuels » et leur fréquentation dépend pour beaucoup de la période de l'année.

Ceci étant, suite à des périodes fortement pluvieuses en 1998, une série d'éboulements a eu lieu à proximité nord du cran d'Escalles (seul accès à l'estran) pendant l'hiver 1998-1999. De profondes fissures sont apparues en tête de falaise laissant présager d'imminents éboulements, à l'endroit où la fréquentation par le public est la plus importante. Ces événements ont fait prendre conscience aux autorités des risques encourus par les promeneurs.

Cette prise de conscience a été renforcée quand, le 7 mars 2010, un nouvel éboulement a eu lieu au cran d'Escalles (partie sud). Les éboulis sont tombés sur les escaliers d'accès à l'estran. L'ampleur de l'événement était certes moins importante mais les conséquences auraient pu être également dramatiques au vu de la localisation de l'éboulement.


Eboulements de 1998 (à gauche) et 2010 (à droite).bmp

  Eboulements de 1998 (à gauche) et 2010 (à droite)

Gestion du risque avéré et gestion de crise

Gestion de crise

En 1998, à la survenue des premiers éboulements, la mairie d'Escalles (commune sur laquelle a eu lieu l'éboulement) a contacté la Préfecture du Pas-de-Calais. Celle-ci a réuni un collège d'experts (services de l’État, Université de Lille, CETE) qui a constaté l'imminence de nouveaux éboulements suite à l'apparition de fissures parallèles à la crête de la falaise et qui a donc décidé de la mise en place d'une instrumentation en tête de falaise et d'un suivi régulier. En attendant, le haut et le bas de falaise ont été balisés et sécurisés afin d'empêcher la population d'approcher de la falaise et des panneaux avertisseurs du danger mis en place. Le suivi et un compte-rendu annuel, effectués par le CETE Nord-Picardie, ont été demandés par la Préfecture jusqu'en 2002. Le balisage n'a pas été entretenu notamment en pied de falaise (rapidement balayé par la mer).

En 2010, l'éboulement tombé sur une partie de l'escalier d'accès à l'estran, n'a pas fait l'objet d'expertise. Les déblais ont été laissés sur place de manière à stabiliser le pied de falaise (l'accès à l'estran se faisant par le coté nord). La mer a déblayé au fur et à mesure les éboulis. L'accès à l'estran par l'escalier a été rétabli rapidement (pour la saison touristique).

Aujourd'hui, il n'existe pas de procédures particulières à la gestion de crise, hormis les procédures habituelles d'information des services de l’État par la personne ayant constaté l'événement, la demande d'expertise auprès d'organismes compétents pour effectuer des recommandations quant aux mesures à prendre.

Mesures mises en place pour limiter le risque

  • Achat des terrains : il se fait par le biais du Conservatoire du Littoral (CELRL). Celui-ci a acheté la plupart des terrains à l'amiable. Toutefois, une Déclaration d'Utilité Publique (DUP), dont l'enquête a débutée en 2005, est en cours d'instruction et a pour objectif de déterminer le périmètre d'acquisition des parcelles. Celle-ci a déjà été validée en 2006-2007, ce qui a permis au Conservatoire du Littoral d'acquérir les derniers terrains du Blanc Nez, avant d'être suspendue pour cause de vice de forme.
  • Information du public: une série de panneaux indiquant les risques encourus en langue française et anglaise jalonne le sentier.
  • Mesures in situ: suite aux événements de 1998-1999, la Préfecture a demandé au CETE Nord-Picardie de suivre les mouvements en tête de falaise, notamment autour des profondes fissures apparues. Une instrumentation a donc été mise en place entre le cran d'Escalles et le Grand Blanc Nez.
  • Suivi annuel des falaises et diagnostic visuel

Intégration du risque dans la gestion du territoire

Description des territoires et de leur vulnérabilité

Le territoire de l'aléa correspond à l'endroit où un événement peut se produire. Il se limitera donc au haut et bas de falaise sur les 6 km de côtes à falaises présentes sur le site..

Le territoire de vulnérabilité, là où l'impact d'un événement aura des répercussions, est différent selon qu'on considère la sécurité des personnes ou l'économie locale.

  • Sécurité des personnes : il restera le même que le territoire d'aléa.
  • Économie locale : la génération d'un événement (et notamment s'il y a une ou des victimes) aura cependant un impact non négligeable sur le tourisme et les loisirs, principales activités économiques du site. Le territoire s'élargit donc à la région littorale des 2 caps et du Calaisis.

Le territoire de résilience, là où les ressources devront être mobilisées, s'étend :

  • de chaque coté de la falaise, c'est-à-dire en arrière des falaises et sur l'estran (pour la sécurité des personnes) ;
  • sur la région littorale de 2 caps et du Calaisis (pour l'économie locale).

Le territoire d'action, là où un nouveau fonctionnement du territoire peut émerger, se déploie sur l'ensemble de la région littorale.

Ces territoires présentent une vulnérabilité certaine vis-à-vis du risque que ce soit d'un point de vue sécurité des personnes ou d'un point de vue économique. Les populations soumises au risque sont essentiellement les visiteurs, randonneurs allant sur le site que ce soit sur l'estran ou sur le haut de la falaise. En fonction de la provenance de ces visiteurs, leur perception du risque est différente :

  • les habitants de la région connaissent le risque (les éboulements sont relayés dans la presse locale) mais ne changent pas pour autant leurs habitudes (plage, randonnées, etc.)
  • les touristes provenant d'autres régions ou de pays étrangers n'ont pas particulièrement conscience du risque qu'ils encourent malgré la signalétique mise en place sur le site.

Un événement peut avoir des impacts sur l'économie locale en premier lieu mais aussi sur le milieu naturel.

  • Sur l'économie locale : comme dit précédemment l'activité économique locale principale est le tourisme. Un relais d'un éventuel événement dramatique (avec victime) par les médias pourrait diminuer drastiquement la fréquentation du site. Aujourd'hui, environ 1 million de visiteurs fréquentent le site sur l'année. La population est multiplié par 3 de Pâques à Septembre dans le secteur. Le territoire situé à proximité du site compte environ 30% de maisons secondaires.
  • Sur le milieu naturel : Tout événement pourrait avoir un effet sur le milieu naturel notamment sur la faune (oiseaux essentiellement) car ceux-ci nichent sur la falaise. Ceci étant il s'agit d'un impact « naturel » et la capacité de résilience de ces animaux ne devrait pas être affectée.

Représentation de l'aléa sur le territoire

Selon qu'il s'agisse des aménageurs, des services de l’État, de la population, des touristes, chacun perçoit l'aléa de manière différente. Pour chacun, l'attachement au site est réel. Il est en effet emblématique de la région, mais il possède de nombreux atouts :

  • nombreuses espèces d'oiseaux, flore remarquable ;
  • configuration particulière des lieux idéale pour les loisirs tels que parapente, cerfs-volants, etc ;
  • une histoire très présente, etc.

Ceci attire de facto un très grand nombre de randonneurs/visiteurs (locaux ou non).

Globalement, le risque est connu par les utilisateurs du site (signalétique, presse, etc.) mais selon qu'il s'agisse des habitants, des touristes, des acteurs locaux celui-ci sera perçu différemment :

  • acteurs locaux (souvent responsable de la sécurité). Le risque est partiellement intégré. Tous semblent d'accord sur le fait qu'il faut agir mais le contexte fait que les solutions sont difficilement envisageables notamment sur le bas de falaise (fermer l'accès à l'estran, faire des ouvrages lourds, moduler les pentes, etc.), en particulier dans un site où le caractère paysager doit primer  ;
  • habitants. Le risque est connu mais ils ne souhaitent pas pour autant changer leurs habitudes. Aussi dès que des modifications d'accès au site sont faites, un grand mécontentement se fait sentir ;
  • touristes. Le risque est pour eux dénié. En été, en effet, l'estran est rempli d'estivants prenant le soleil ou un bain. Même aux heures les plus chaudes, où l'ombre est la moins étendue, les touristes s'installent à flanc de falaise malgré la signalétique en place.

La Communauté de Communes de la Terre des 2 Caps a souhaité réaliser un Schéma de Cohérence Territorial (SCOT) où le paysage était le fil conducteur. Le site du Cap Blanc Nez est intégré dans ce SCOT dont le territoire est beaucoup plus large et bien au-delà du territoire de résilience. L'ensemble des documents d'urbanisme et notamment les PLU sur le même territoire doit être en cohérence avec le SCOT. Les risques naturels y sont mentionnés et notamment le risque d'éboulement de falaise. Toutefois, ce risque n'affecte qu'une petite partie de l'ensemble du territoire : le littoral à falaises. Ceci étant, il y est explicitement indiqué que ce risque doit être pris en compte sérieusement dans tout projet d'aménagement. Le SCOT rappelle également que le PPR Falaise et que la loi littorale interdisent toute construction dans la bande des 100 mètres en arrière des plus hautes eaux ou plus, là où les risques d'érosion sont les plus forts (estimation des reculs dans le PPR).

Synthèse

Le site du Cap Blanc Nez est un site dont le caractère paysager constitue un emblème pour la région Nord-Pas-De-Calais. Il attire ainsi un très grand nombre de visiteurs (1 million par an environ). Mais il s'agit également de falaises littorale en recul présentant un aléa important de chutes de pierre/blocs et d'éboulement/écroulement de pan entier de la falaise.

Ceci entraîne alors un risque fort, en particulier à proximité du cran d'Escalles, seul accès à l'estran sur les 6 km de falaises (hormis les accès de Sangatte et Strouanne) et proche du point culminant de la falaise, le Grand Blanc Nez.

A ce jour, une stratégie de recul du sentier littoral et du GR est en place mais ne concerne que le haut des falaises. En revanche, sur l'estran, hormis une signalétique basique, aucun aménagement n'est prévu pour sécuriser le site.

Aucun accident dramatique n'a encore eu lieu sur le site (hormis les accidents volontaires) mais une telle situation aurait un impact socio-économique non négligeable sur le territoire, en particulier du point du vue touristique.

Enseignements

Point de vue des différents acteurs

Le point de vue des différents acteurs dépend essentiellement de leur responsabilité respective sur le site et de leurs intérêts. Il apparaît cependant un problème de sécurisation évident du site au niveau de l'estran, appartenant au Domaine Public Maritime (DPM). Seule une signalétique en français et en anglais permet d'informer le public du risque encouru. L'ensemble des acteurs semble cependant dénoncer un manque de coordination entre eux et un dialogue interrompu entre les services de l’État et les collectivités.

La commune est bien consciente de ce problème de sécurisation de l'estran. Sa principale préoccupation est la survenue d'un événement aux conséquences dramatiques qui aurait un impact important sur le territoire. Les solutions préconisées par le maire seraient des purges régulières des falaises ou encore une protection en pied de falaise. Ces solutions ne sont pas compatibles avec les orientations choisies par l'Opération Grand Site qui souhaite conserver le site aussi naturel que possible.

Le Conservatoire du Littoral et le gestionnaire du site (EDEN62) ont la responsabilité des terrains situés en haut des falaises. Une stratégie a été mise en place et reste leur préoccupation première.

L’État est le propriétaire de l'estran. Un suivi annuel des falaises permet dans la mesure du possible d'identifier chaque année les zones instables et ainsi permettre une sécurisation si elle est jugée nécessaire. Ce suivi ne leur semble pas suffisant.

Les habitués du site et les touristes n'ont pas la même vision du risque sur le site et sont le plus souvent réfractaire à toute action menée pour la sécurisation du site que ce soit en haut ou en bas de falaise. Leur seul souhait est de pouvoir évoluer sur le site à leur guise.

Observations

Suite à cette enquête, un certain nombre d'observations a pu être mis en évidence.

  • La préservation des paysages, des milieux naturels semble primer sur la sécurité des personnes, notamment en pied de falaise.
  • La conservation/préservation des milieux et du paysage, en revanche, n'est pas forcément incompatible avec la sécurité mais celle-ci est très mal vécue par les utilisateurs réguliers du site (interdiction d'accès difficilement acceptée).
  • La connaissance de l'aléa est limitée sur le site, les périodes de retour très mal connue. Il est alors difficile de sensibiliser les usagers.
  • L'absence de coordination entre les différents acteurs du site sur la thématique de la sécurité des personnes et du risque est soulevée par la plupart des interviewés.
  • L'envie, notamment des utilisateurs du site, de conserver celui-ci comme avant est source de conflits entre les acteurs locaux, responsable notamment de la sécurité et les usagers.

Conclusion

Afin de permettre l'appropriation du risque par l'ensemble des acteurs et des utilisateurs du site, deux pistes seraient à développer :

  • Une meilleure coordination entre les différents acteurs locaux (État et collectivités territoriales) ;
  • Une pédagogie plus approfondie envers les utilisateurs du site.

Aujourd’hui, cette coordination est limitée. Les acteurs ont des rôles bien défini mais leurs objectifs ne sont pas toujours communs. Une meilleure coordination permettrait à l'ensemble des acteurs d'aller dans le même sens et ainsi optimiser les choix à faire quant aux objectifs fixés.

Une estimation des risques plus précise et une meilleure connaissance de l'aléa et des phénomènes en jeu seraient également indispensables pour permettre de transmettre des explications plus précises et ainsi sensibiliser l'ensemble des acteurs et des utilisateurs du site.

Références

Fiche résumé réalisée par Adeline Bordais (CGDD-DRI) sous l’initiative et la relecture de Jean-Michel Tanguy (CGDD-DRI) ; à partir des travaux de la version complète de Caroline Maurin(CETE de Lyon). 18/08/2014.